Nos dix lectures favorites pour aller au Japon

Avant tout départ en voyage, il n’ y a rien de mieux que d’aller à la recherche de livres qui vous accompagneront  une fois sur place. Cette quête très personnelle est  toujours infiniment excitante.

Dans quelques jours, nous nous envolons pour le Japon avec une valise chargée d’ouvrages  dédiés à l’archipel. A cette occasion, nous dévoilons notre sélection de dix livres incontournables sur le Japon. Ces textes délivrent de précieuses clés  pour mieux appréhender ce  monde si multiple et singulier,  sans pour autant verser dans l’avalanche des idées reçues. La plupart d’entre-eux ont pour trait commun d’être de véritables ôdes au beau,  des vertiges sensibles qui parleront aux esthètes et aux curieux.

Bonne lecture et belles rencontres littéraires à vous!

1. L’éloge de l’ombre de Junichiro Tanizaki. Publié pour la première fois en 1978, ce livre culte est une réflexion sur la conception japonaise du beau.

Extrait: « Car un laque décoré à la poudre d’or n’est pas fait pour être embrassé d’un seul coup d’oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l’un ou l’autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l’ombre, il suscite des résonances inexprimables. De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l’agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d’air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l’homme à la rêverie. N’étaient les objets de laque dans l’espace ombreux, ce monde de rêve à l’incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination. Ainsi que de minces filets d’eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l’un ici, l’autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d’or. » 

2. Les romans du même Tanizaki sont des plaisirs de lecture, il est bien souvent question d’histoires de moeurs tout en finesse se déroulant dans l’époque charnière et tumultueuse de l’entre deux guerre. Parmi nos préférés, le Journal d’un vieux fou (passion  vaine et tragédie de la vieillesse), Svastika (la manipulation amoureuse décrite avec perfection), Quatre Soeurs (le réalisme de  l’entre-deux guerre au Japon), un Amour insensé (la douleur et l’ironie du couple). A noter que de très nombreux autres ouvrages de l’auteur ont été traduits en français (la Clé, le Pont Flottant des Songes, Le Coupeur de Roseaux etc.).

3. le Pavillon d’Or de Yukio Mishima. A travers le dramatique incendie du Pavillon d’Or de Kyoto en 1950 qui détruisit un  temple sacré, Mishima nous livre sa vision sans concession du beau absolu.

4. Yasunari Kawabata et ses Belles Endormies.  La beauté raffinée, ultime dans une histoire aux contours glauques… Un vieillard en mal  de plaisirs vient passer ses nuits dans une mystérieuse demeure auprès d’adolescentes endormies par de puissants narcotiques, et ce pour atteindre au seuil de la mort la douceur de l’enfance et le pardon de ses fautes. Egalement le magnifique Pays de Neiges du même auteur où un amour fou se trame en même temps qu’une purification.

5. La correspondance entre Mishima et Kawabata. Des échos, une rencontre sur plus de vingt cinq ans entre deux monstres sacrés de la littérature japonaise. Comme le précise la quatrième de couverture  » Le sang, l’éclat et l’éros – tel fut l’univers de Mishima ; la blancheur spectrale, la pureté meurtrière, le temps orphelin – tel fut celui de Kawabata. Il n’empêche : une phrase, entre toutes, de Kawabata, laisse encore une fois deviner combien les deux écrivains sont proches :  » Tout artiste qui aspire au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête est fatalement hanté par le désir de forcer l’accès difficile du monde des démons, et cette pensée, qu’elle soit apparente ou dissimulée, hésite entre la peur et la prière. « 

6. Bleu presque transparent de Ryu Murakami. Et non, il ne s’agit pas de l’écrivain à succès tant chéri en France mais d’un homonyme non moins talentueux, sociologue de profession (également auteur du célèbre « bébés de la consigne automatique »). Dans ce brillant roman cru, nous suivons  le quotidien d’un groupe d’adolescents tokyoïtes perdus et sans illusions dans la capitale triste et oppressante. Tous paient le prix fort et violent de l’absence d’âme d’une société, et ce sous le regard ambigu et maîtrisé de l’auteur  mêlant  une distance quasi clinique à  une générosité infiniment humaine.

7. L’empire des signes de Roland Barthes. A travers ses rues, ses théatres, son graphisme, sa nourriture et ses visages, Barthes tend à « flatter l’idée d’un système symbolique inouï, entièrement dépris du nôtre. » Les mots ciselés de ce livre procurent un dépaysement mental certain et parlent  directement aux sens du lecteur. L’empire des signes propose une démarche lucide et honnête qui consiste à décrire l’alchimie que le Japon provoque chez le voyageur plutôt que d’imposer au pays visité sa propre violence en y plaquant sans distance ses fantasmes et sa réalité. « L’auteur n’a jamais, en aucun sens, photographié le Japon. Ce serait plutôt le contraire : le Japon l’a étoilé d’éclairs multiples, ou mieux encore : le Japon l’a mis en situation d’écriture. » Un must de lecture.

8. Le texte Japon: introuvables et inédits de Maurice Pinguet. Chaudement recommandé par un ami connaisseur, nous n’avons pas encore lu cet ouvrage dont le descriptif est prometteur: « c’est par trois hommages à des visiteurs émérites du Japon que s’ouvre ce recueil: Barthes, donc, mais aussi Foucault et Lacan. Savant et spontané, cultivé sans être pédant, Pinguet sait partager avec eux, comme avec nous, son expérience de la vie quotidienne, de l’esthétique et de la culture japonaises ».  Ce livre nous accompagnera donc dans notre prochain voyage…

9. Chronique japonaise de Nicolas Bouvier. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que le Japon se relève peu à peu, ce grand voyageur se rend sur place. Dans cet ouvrage, il nous livre de brèves séquences  nippones réveillant la curiosité du lecteur sur le monde, lui donnant plus largement une envie quasi irrésistible de le parcourir. Libre, plein d’humour sans éparpillage sur de vains clichés.

10. Gibiers d’élevage de Kenzaburo Oé. Pendant de la seconde guerre mondiale, un avion américain s’écrase dans les montagnes, quelque part dans la campagne japonaise. Le seul rescapé devient le captif des villageois des alentours. Or il est noir. Le petit garçon narrateur de l’histoire se retrouve fasciné par cet étranger qu’il considère non pas comme un prisonnier, un étranger, ou un ennemi mais comme un simple animal dont il faut s’occuper. Une dénonciation sans appel de la folie de la guerre et de la bêtise de l’homme. Oshima en a tiré le film « une bête à nourrir ».

Dix ouvrages, c’est un peu restrictif. Dans un sacré désordre, nous ne pouvons nous empêcher d’en rajouter d’autres à ce post: le Fusil de Chasse de Yasushi Inoué, la Femme des Sables d’Abe Kobo, Oreiller d’herbes et Clair-obscur de Natsumé Soseki, Kitchen de Banana Yoshimoto, Rashomon d’Akutagawa, Fantômes du Japon de Lafcadio Hearn et tant d’autres encore…

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Papeterie Delfonics (Paris & Tokyo) – le temple nippon de l’article de bureau

Delfonics est une enseigne de papeterie de luxe Japonaise implantée à Tokyo depuis plus de vingt ans et depuis quelques mois seulement à Paris au Carrousel du Louvre.

Sa découverte peut provoquer l’hystérie chez les geeks du criterium, les maniaques des agendas, les obsessionels de l’écriture. Dans ce temple de l’article de bureau, les stylos de pointe provenant des quatre coins du monde et introuvables ailleurs  font la joie des connaisseurs: des Pilot, Kaweco et Sailor venus droit du Japon, des Aurora ou des Delta d’Italie, des Lamy d’Heidelberg.

Il est surprenant dans un si petit espace de disposer d’un choix de fournitures de bureau aussi conséquent: agendas, carnets, cahiers dans toutes les tailles et couleurs, albums photos,  pochettes acidulées, papiers à lettre haut de gamme, couvertures en cuir, maroquinerie, et mille et un gadgets design en tout genre. Nous vous mettons au défi d’en ressortir les mains vides tant la sélection y est à la fois pointue et désirable.

  • Adresses:
  • à Paris:
  • Delfonics, Carrousel du Louvre 99, rue de Rivoli 75001 Paris
    Tel 01 47 03 14 24
  • à Tokyo:
  • Delfonics Shibuya Delfonics Gallery -Parco Part 1 B1F, 15-1 Udagawacho Shibuya-ku Tokyo, Tel 03-3477-5949
  • Delfonics Omotesando Omotesando Hills B3F, 4-12-10 Jingumae Shibuya-ku Tokyo,Tel 03-5410-0590
  • Delfonics Marunouchi Shin-Marunouchi Bldg. 1F, 1-5-1 Marunouchi Chiyoda-ku Tokyo, Tel 03-3287-5135
  • http://www.delfonics.com/et http://delfonics.fr/

Le Labo – libres fragrances /// Le Labo – free fragrances (New-York, Paris, Tokyo, Londres)

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 Rose 31 n’est pas une vraie rose. C’est une rose pour homme composée de 31 matières premières très exactement. Ses épines ont été coupées une à une, ses pétales à l’odeur normalement si arrondie et féminine ont été saupoudrées de cumin, de souffles de cèdre, de bois de gaiac, d’oud et arrosées d’un vétiver intense. Rose 31 pique et surprend les premières secondes puis se déploie somptueusement vers des fonds plus musqués pour se fondre sur la peau. Et c’est à ce moment précis qu’à travers les viriles effluves, la féminité de la fleur ressurgit, provoquant un troublant entre-deux. Rose 31 laisse peu indifférent dans le pire des cas, imprègne la mémoire de souvenirs dans le meilleur.

 Rose 31 est un petit chef d’œuvre du Labo, maison de parfums de niche new-yorko-grassoise lancée par deux Français experts en parfumerie, qui à l’instar de Serge Lutens, Frédéric Malle, Etat Libre d’Orange ou encore Francis Kurkidjian propose des fragrances à contre-courant mettant en exergue la créativité, la qualité des matières premières, et dont l’objectif affiché est de lutter contre les odeurs standardisées de la distribution de masse. Chaque parfum ou bougie  est conçu autour d’un élément central (la rose, le néroli, le patchouli etc.) complètement transformé, repensé pour provoquer la (belle) surprise (étonnants Begamote 22, Vetiver 46,  singulier Oud 27).

Flacons minimalistes, ambiance de laboratoire, chaque parfum est mis en bouteille, étiqueté sous vos yeux au dernier moment. Concept marketing oblige, Rose 31 existe d’ailleurs même sous la forme d’une lessive …  Personnellement, je la préfère vivante, au creux du poignet sur la peau ou resurgissant intacte et émouvante du tréfond de ma mémoire.

  •  Adresses:
  • Le Labo 233 Elizabeth Street – New York 10012, Tel. 001.212.219.22.30
  • Le Labo 1-35-2 Ebisu Nishi Shibuya Ku – Tokyo 150-0021, Tel. 0081.3.5459.2770
  • Le Labo 28 A Devonshire Street – London W1G 6PS, Tel. 0044.20.3441.1535
  • Corner c/o Colette, 213 rue Saint Honoré- 75001 Paris, Tel. 01 55 35 33 90

English Version

Rose 31 is an astonishing rose fragrance. For men. Made of 31 natural ingredients (cumin, cedar wood, gaiac wood, oud wood, intense vetiver among others), the result is a model of its kind: through its virile scents, the feminine side of the rose now and then suddenly appears, provoking a disconcerting ambiguity.  Rose 31 is a little masterpiece from le Labo perfumes. Le Labo perfumes was launched in New York and in Grasse (France) by two French as an alternative to mass- produced, anonymous perfumes. High quality ingredients and creativity are highly privileged. Each fragrance is created with a central element ( rose, neroli, patchouli etc), totally reconsidered, transformed to provoke a surprising effect (unexpected Bergamot 22, Vetiver 46, unique Oud 27). Unforgettable.

Tokyo – PlusMinusZero: l’ivresse de l’évidence, le vertige de la discrétion

Naoto Fukasawa est un designer du quotidien obsédé par le beau et l’évidence. Star japonaise du design, il est probable que vous ayez déjà croisé l’une de ses créations (lecteur CD mural de chez Muji, mobilier chez Boffi, Driade, B&B, Artemide etc.) ou pas, tellement elles peuvent passer inaperçues dans la tourmente du quotidien.

Pourtant lorsqu’on est un peu plus attentif, on est au cœur de l’esthétisme Japonais, on sent que l’on effleure la perfection des proportions (je n’avais jamais imaginé pouvoir tomber en pâmoison devant une machine à café aux dimensions si parfaites), de la fonctionnalité (technologie et matériaux de pointe) et de l’évidence tant chaque objet se dissout dans son environnement et se réduit à sa plus simple expression. En même temps il  procure le plaisir de l’usage, du simple regard ou du toucher. Ses créations sont infiniment belles et délicates, l’air de rien, elles nous invitent à réinventer les gestes du quotidien.

 A Tokyo, dans une ruelle calme du quartier Aoyama, la boutique de sa maison d’édition d’objets PlusMinusZero propose des chaises, des téléphones portables, des carnets, des purificateurs d’air, des écrans à cristaux liquides, des horloges  et autres objets de tous les jours produits en séries limitées et fabriqués de manière quasi-artisanale. Le cadre est ultramoderne, lumineux, d’un minimalisme irrésistible, un écrin ad hoc pour ces objets qui nous procurent l’ivresse de l’évidence, le vertige de la discrétion.

 A Paris, quelques boutiques proposent  également ses créations de manière confidentielle http://en.plusminuszero.jp/shop_list/view/12  (l’évidence et le taux de change ont toutefois un prix).